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Mardi 11 Juillet 2017 - 11h27

Paris 2024

Dans le secteur du handicap, des opposants à Paris 2024

D'après un sondage du CIO, seulement 63% des Franciliens soutiennent la candidature de Paris aux JO de 2024. Parmi les opposants, certaines associations et personnes handicapées. Pour elles, les jeux pourraient ne pas être l’accélérateur d’accessibilité ni le coup de projecteur promis.

Des personnes avec un handicap émettent des réserves sur les Jeux à Paris en 2024
Des personnes avec un handicap émettent des réserves sur les Jeux à Paris en 2024

Investissements à rentabilité controversée, préoccupation environnementale… L'opposition aux jeux olympiques est motivée par plusieurs raisons. Même sur le domaine plus précis du handicap, il y a matière à controverse : l’accessibilité autour du lieu d’organisation va-t-elle être améliorée ? Le coup de projecteur sur les jeux paralympiques aura-t-il de réelles retombées positives ?

 

« Ce dont on a besoin, c’est d’un investissement pour améliorer la vie des citoyens »

 

Laurent Lejard, journaliste au magazine francophone du handicap Yanous, dénonçait dès février 2016 une dépense pharaonique en décalage total avec la situation économique difficile du pays et des collectivités locales. Surtout que les villes organisatrices tendent à dépasser leur budget : selon Le Monde, les JO de Tokyo sont prévus à 5,9 milliards d'euros coûteront entre 9,6 et 11,3 milliards. Les JO de Londres ont coûté près de 15 milliards, 10 de plus que prévu. Marie-Laure Darrigade, éducatrice spécialisée et responsable de la partie handicap du programme de la France Insoumise, souhaiterait investir directement dans l'accessibilité plutôt que dans deux semaines de jeux : « Je suis pour une ville de Paris accessible, je ne suis pas pour une ville de Paris olympique. Ce dont on a besoin, c’est d’un investissement pour améliorer la vie des citoyens ». Le président de la République Emmanuel Macron se veut rassurant sur ce sujet, évoquant un plan budgétaire « extrêmement limité ».

 

Une exposition médiatique déséquilibrée entre olympique et paralympique

 

Concernant la mise en avant du handisport lors de l’événement, Laurent Lejard fustige un « propos à la fois présomptueux et erroné sur l’impact des Paralympiques », présenté comme une entreprise bien entamée d’intégration sociale : il rappelle que « le handisport se joue, en France, quasiment sans public » et reste très peu médiatisé. Certes, les jeux paralympiques constituent une vitrine pour les athlètes en situation de handicap, mais ceux-ci restent moins visibles que leurs collègues valides. Pour Marie-Laure Darrigade, pour que les jeux paralympiques aient vraiment un impact, « encore faudrait-il qu’ils soient réellement diffusés et qu’ils se passent en même temps que les autres jeux ! Je ne vois pas pourquoi ils ont lieu à part, ni pourquoi on n’aurait pas les épreuves au même moment ou juste après les personnes valides ».

 

Les JO, l’occasion de faire progresser l’accessibilité ?

 

Emmanuelle Assmann, présidente du comité paralympique, souhaite rattraper le retard d’accessibilité à Paris accumulé depuis plusieurs années. Il est vrai que les JO obligeraient à faire respecter des normes d'accessibilité aux transports et au logemet. Mais le dossier Paris 2024 ne renversera pas complètement la situation : les transports se feront en bus, taxi ou VTC, puisque le métro ne sera pas accessible, et que le réseau ferré hors Paris ne le sera pas entièrement. De plus, les efforts d’accessibilité seront concentrés sur des lieux précis, et non sur l’Ile-de-France toute entière.

 

Pour rappel, lors des jeux olympiques de Londres en 2012, de nombreuses irrégularités avaient été constatées. Des journalistes prioritaires sur des personnes à mobilité réduite, des places réservées retirées, des déplacements en groupe impossibles, des places de parking adaptées absentes, des caméras sur les emplacements de fauteuils… Certains chauffeurs de voiturette pour personnes à mobilité réduite ne savaient pas qu’ils pouvaient transporter jusqu’à six fauteuils, et n’en prenaient qu’un ou deux ! La prise en charge pour les malvoyants n’était pas meilleure : pas de bandes rugueuses au sol, pas de borne en braille. Malik Badsi, de l’entreprise Yoola spécialisée dans le transport de personnes handicapées, évoquait alors une « accessibilité bling-bling », en trompe-l‘œil. Les efforts faits par la suite lors des paralympiques n’ont que partiellement compensé ces déficiences. Un scénario similaire serait à craindre pour Paris.

 

Le débat citoyen reste ouvert. Prochaine étape du processus d’attribution des JO : une session extraordinaire du CIO à Lausanne qui validera probablement les dossiers de Paris et de Los Angeles. Il faudra ensuite attendre septembre pour savoir qui aura 2024 et qui aura 2028.

Elorn Goasdoué

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